L’Elargissement de l’Union Européenne et la Turquie, publié dans le journal Actualité Française, Istanbul.

L’ELARGISSEMENT  DE L’UNION EUROPEENNE
et
LA TURQUIE

par
Yaşar Yakış
Président de la Commission de l’UE dans le Parlement turc,
Ancien Ministre des Affaires Etrangères

Il y a trop de malentendus dans l’opinion publique des pays européens à l’égard de l’adhésion de la Turquie a l’Union européenne (UE).

La grandeur de sa population est présentée comme une menace tandis que la composition démographique de cette population relativement jeune pourrait apporter une contribution précieuse à la solution du problème de la population agée de l’UE. Son caractère européen est mis en cause pour des raisons géographiques tandis qu’un autre pays, le Chpypre qui se situe à un endroit au delà de la Turquie par rapport à l’Europe, est admis à l’UE. Malgré l’importance attachée aux valeurs laïques dans l’UE, l’appartenance de la majorité de sa population à une religion autre que le christianisme est considérée comme un élément négatif.

La candidature de la Turquie diffère fondamentalement du cas des autres pays candidats, car l’UE a déjà pris plusieurs engagements irréversibles envers la Turquie.

            La Communauté Economique Européenne (CEE), l’ancêtre de l’UE, avait signé avec la Turquie, en 1963, un accord d’association qui prévoyait l’adhésion de la Turquie à l’UE après une période de transition.

            Ensuite, au Sommet d’Helsinki la candidature de la Turquie était reconnue officiellement et elle a reçue la promesse d’être traitée sur un pied d’égalité avec les autres candidats.

            Finalement, la décision du Conseil de décembre 2002, prévoyait que « si le Conseil européen de décembre 2004, …décide que la Turquie satisfait aux critères politiques de Copenhague, l’UE entamera sans délai les négociations d’adhésion avec la Turquie ».

            Tous ces actes font partie de l’acquis communautaire et l’UE ne peuvent pas se soustraire à ses responsabilités découlant de ces actes.

            L’envergure des reforme accomplies en Turquie ces dernières années avaient été remarquées par plusieurs observateurs qui s’intéressent en Turquie. M. Günter Verheugen, Commissaire responsable de l’élargissement, a récemment affirmé que «la Turquie a mis en œuvre plus de reformes au cours de ces derniers 18 mois qu’au cours de ces derniers 70 ans».

Si l’UE tient sa promesse de traiter la Turquie sur un pied d’égalité avec les autres candidats, la Turquie estime que les negociations doivent être entamées immédiatement. En principe, les negotiations devaient commencer déjà depuis plusieurs années, à l’instar de plusieurs pays qui sont devenus membres le 1er mai 2004.

Le texte des Critères de Copenhague confirme également cette compréhension:

      « Devenir membre de l’Union exige du pays candidat qu’il ait instauré des institutions stables garantissant la démocratie, l’état de droit, les droits de l’homme et le respects et la protection des minorités…. »

            Ce texte indique que les critères seront exigés pour devenir membre et pas pour entamer les négociations d’adhésion. C’est probablement grâce à cette évidence que les négociations ont pu être entamées et conclues avec les pays candidats autres que la Turquie.

Ce que la Turquie demande à pressent c’est d’être traitée, comme promis, sur un pied d’égalité avec les autres candidats et d’entamer les négociations d’adhesion. sans delai après le sommet de décembre 2004.

            La question que l’UE doit se poser à l’heure actuelle, n’est pas celle de savoir si la Turquie est prête à devenir membre de l’UE, mais si la Turquie est prête à entamer les négociations. La Turquie estime que la réponse de cette question doit définitivement être positive. De plus, la Turquie se trouve maintenant à un point plus avancé que la où plusieurs pays membres se trouvaient au moment où ils avaient entamé les négociations.

La Turquie ne demande pas une faveur de l’UE. Elle souhaite simplement que la question de l’entrée de la Turquie à l’UE soit évaluée d’une manière sereine, sans préjugés et en prenant en considération ce que à la fois l’UE  et la Turquie perdront au cas où la Turquie reste en dehors de l’UE.

            Une Commission indépendante présidée par M. Martti Ahtisaari, ancien Président de la République de la Finlande et composée de 10  sages hommes d’Etat européens, parmi eux Michel Rocard, Ancien Premier Ministre Français, a publie en septembre 2004 un rapport sur la Turquie. Ces sages européens estiment que « tout nouvel ajournement (des notions d’adhesion de la Turquie) affaiblirait la crédibilité de l’Union européenne et serait perçu comme une violation du principe généralement accepté selon lequel pacta sunt servanda (les accords doivent être respectés) ».

            Rien ne rappelle mieux les obligations de l’Union européenne que cet extrait du Rapport de la Commission indépendante des sages.

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